Si le coup de force est possible

Charles Maurras (1868-1952), journaliste et homme politique nationaliste français, fut l'un des dirigeants principaux de l'Action française, mouvement politique radicalement opposé à la Troisième République et prônant le retour à la monarchie. Henri Dutrait-Crozon est le pseudonyme choisi par deux officiers polytechniciens militants de l'Action française : Georges Larpent et Frédéric Delebecque.

Écrit en 1910, Si le coup de force est possible est un manifeste pour un coup d’État : une insurrection suivie d'une prise de pouvoir. Il ne s'agit nullement d'un texte secret : il fut publié dans une brochure et eut un certain retentissement. Ce texte est la déclaration ouverte d'une volonté de changer radicalement le gouvernement de la France et la destinée du pays.
Pour cela, Maurras et ses compagnons entendent procéder en deux temps. Avant toute chose, ces esprits éclairés savent qu'un « coup » n'a aucune chance de réussir et de perdurer s'il va à l'encontre de la réalité. La réalité, c'est avant tout la configuration précise du pouvoir en place et des événements que celui-ci doit gérer au quotidien. Si le coup de force est possible commence ainsi par une brève analyse de ce qui fut tenté au XIXe siècle, notamment en 1848, et des circonstances qui ont rendu le succès possible. Le constat dressé se veut en rupture avec le romantisme militant qui fait s'élancer les cœurs mais tue dans l’œuf toute tentative réelle de coup : une insurrection ne peut être suivie d'une prise de pouvoir que si les circonstances sont réunies, au premier rang desquelles figure l'affaiblissement du sentiment républicain. Les auteurs veulent regarder la réalité en face, et celle-ci leur dit qu'en 1910, n'en déplaise aux idéalistes de la France éternellement royaliste, les Français sont en majorité républicains, et ce non pas au fond d'eux, mais parce qu'ils sont habitués à la République. La première ambition des hommes de l'Action française est donc de préparer le coup d’État en changeant l'état d'esprit du peuple. Il faut que la population non seulement accepte le coup s'il a lieu, mais, mieux encore, en vienne à le souhaiter.
C'est grâce à cette première action diffuse et profonde que le coup de force en lui-même, second temps de l'action, devient possible. Les auteurs de ce manifeste justifient donc l'usage de la force comme moyen pour des hommes d'élite de doter enfin la France du gouvernement qu'elle mérite et désire profondément – la monarchie. Cet usage de la force est conditionné : pour réussir un coup, il faut une occasion. En analysant ce qui s'est fait par le passé et ce qui pourrait se faire à Paris, centre du pouvoir, en 1910, Maurras et Dutrait-Crozon tirent notamment une conclusion riche d'enseignement : sans le concours de l'armée ou, au moins, de certains de ses généraux et pièces maîtresses, le coup semble voué à l'échec.
Au final, Si le coup de force est possible peut être lu pour deux raisons au moins : d'une part, assurément, pour ranimer la flamme du militantisme politique ; et, avant cela, peut-être surtout aujourd'hui pour comprendre comment fonctionnent les coups d’État réels. Préparer les états d'esprit, affaiblir l'adhésion de la population à la vision du monde de l'ennemi, s'assurer le contrôle de l'armée, saisir l'occasion : autant de principes invariables en effet, qui peuvent éclairer autant les changements de régime printaniers que certains échecs patents d'attaques d’États souverains par des puissances étrangères sous couvert de « révolutions »...

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