Sexe et Caractère

476 pages

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Editeur :
Kontre Kulture

La méthode qui consiste, plutôt que d’opposer des raisons à des raisons, à taxer le détracteur des femmes de misogynie, a de grands avantages. La haine empêche de bien voir son objet, et prétendre d’un homme qu’il a en haine l’objet sur lequel il prononce un jugement fait peser sur lui le soupçon d’insincérité ainsi que d’incertitude dans les idées, qui fait remplacer les raisons solides par l’hyperbole et le pathos. Cette manière d’argumentation ne manque jamais son but, qui est de dispenser le défenseur de la femme d’aborder la véritable question. Elle est l’arme la plus sûre de cette écrasante majorité d’hommes qui ne veulent pas être au clair sur ce qu’est la femme. Car il n’est pas possible d’avoir vraiment réfléchi sur les femmes et de continuer de s’en faire une haute idée ; il n’y a que deux catégories d’hommes : ceux qui méprisent la femme et ceux qui ne se sont jamais posé de questions à son sujet. 


Otto Weininger (1880-1903) est un philosophe autrichien d'origine juive. Inadapté au système scolaire en raison de sa précocité intellectuelle, il obtient néanmoins le titre de docteur en philosophie à Vienne. Considérant le judaïsme comme une idéologie amorale, il se convertit au protestantisme en 1902. L'année suivante, Weininger publie Sexe et caractère, ouvrage dédié à l'analyse des rapports entre les archétypes masculin et féminin. Il se suicide quelques mois plus tard à l'âge de 23 ans.

La problématique de Sexe et caractère est dictée par le contexte social et politique. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les mouvements féministes ont pris beaucoup d'ampleur aux États-Unis et en Europe occidentale, notamment autour de la question du droit de vote. Dans Sexe et caractère, Weininger s'interrogera sur les analyses que la biologie, la psychologie et la philosophie toutes ensemble peuvent apporter au débat sur ce que ses contemporains nomment déjà « l'émancipation des femmes ».
La première partie de l'ouvrage est consacrée à l'étude de données biologiques concernant les caractères sexuels et pouvant servir l'analyse psychologique. Weininger note un lien entre des « différences de degré » observées dans la caractérisation sexuelle et des variations dans certaines sécrétions internes. Cette observation sert de base empirique à sa thèse célèbre selon laquelle chaque homme autant que chaque femme peut être considéré(e) comme un alliage de deux composantes : H et F, une part masculine et une part féminine. Weininger peut en déduire une règle concernant les unions sexuelles : l'attirance est maximale quand H et F sont en quantités égales dans le couple pris dans son ensemble. Par exemple, un homme dont la part masculine est faible sera attiré par une femme dont la part masculine importante compensera cette tendance.
La seconde partie de l'ouvrage, d'un très haut niveau conceptuel, est consacrée à l'analyse psychologique et philosophique des « types sexuels » (entendus comme homme et femme idéalisés, non-empiriques). Weininger explique que tout, dans la psychologie de la femme, prend comme point de référence sa sexualité, tandis que l'homme, certes loin de nier son propre désir, dispose de la capacité de donner à sa vie un sens supplémentaire. Cette différence explique notamment l'inégalité d'accès de l'homme et de la femme à la morale (pensée du bien général, extérieur à soi) et à la logique, et, par suite, l'inégale répartition du génie, qui, selon Weininger, est l'expression sublime de la masculinité.
L'une des conclusions tirées de la mise en rapport de ces analyses avec la problématique du livre est sans équivoque : « Le besoin d'émancipation d'une femme, et l'aptitude chez elle à une telle émancipation ne reposent que sur ce qu'elle a de masculin. (…) Le plus grand, le seul ennemi de l'émancipation de la femme, est la femme. » Cette référence de Weininger à la victimisation des femmes et au mythe de l'oppresseur extérieur permet de saisir, entre autres, le lien étroit qu'il établit à la fin de son livre entre judaïsme et féminité...
Un siècle plus tard, alors que les mouvements féministes médiatisés dirigent l'essentiel de leurs discours contre les hommes « oppresseurs », on comprend que les thèses de Sexe et caractère  sentent le soufre. On comprend également qu'elles aient largement inspiré d'autres travaux polémiques, à commencer par ceux d'Alain Soral.

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Commentaires

Surement pas le livre le plus simple que j'ai lu, mais très bien argumenté, et à contre courant. Quelques bases en philosophie sont nécessaire pour apprécier complètement ce livre, mais il fait réfléchir et permet d'avoir un point de vu différent qui améliore la compréhension des rapports hommes/femmes et des psychologies propres à chaque sexe.

Une vision du monde aiguë, tellement pertinente que ce livre peut vous abattre... si tel n'est pas le cas, alors vous vous élèverez.
L'ayant terminé à l'instant, je ne sais s'il est à recommander ou à condamner : l'auteur s'est suicidé, celui qui comprend son oeuvre comprend également son geste.

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